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LEGENDRE Marie-Thé

LEGENDRE Marie Thé

Originaire de Pont-Réan à côté de Rennes, je suis née dans une famille d’ouvriers où on n’a jamais « parlé des langues ». Pourtant ma grand-mère maternelle parlait gallo et mon père l’imitait de temps en temps. Je n’en ai retenue que quelques mots. Mon intérêt pour notre culture régionale ne m’est pas apparue à ce moment là. Toute mon énergie était alors concentrée sur la possibilité de faire des études. Ma mère m’y encourageait sans ignorer la difficulté pour les filles d’ouvriers. Au lycée j’ai pris conscience de la différence de classe sans en connaitre les enjeux. C’est à cette période, comme beaucoup d’adolescents, que je me suis essayée à l’écriture. En première une enseignante de français m’a encouragée à continuer. J’ai ensuite appris la photographie à l’IUT Carrières sociales de Rennes et le théâtre de marionnettes avec le «Théâtre aux mains nues » de Paris. 

Dans les années « Stivell-Servat », avant d’entrer à la fac de sociologie, à l’IUT, j’ai côtoyé des étudiants finistériens qui ont fait venir en conférence des représentants de l’école Diwan. C’est ici que ma découverte de la culture bretonne a commencé et non par l’intermédiaire de ma famille. A cette époque, ma colocataire connaissait un militant de la culture bretonne en pays gallo : Eugène Aulnette. Cette rencontre a été pour moi déterminante. A contre courant de l’idéologie dominante, ce sculpteur exprimait à la fois son intérêt pour la culture de son pays, rappelait la solidarité des gens de la terre et leur connaissance de l’écologie. Il l’exprimait en sculptant le bois et le granit mais aussi par l’accueil de tous dans sa maison qu’il avait baptisé « An doen vras » (le grand toit). Chez Eugène Aulnette, tout le mobilier traditionnel était décoré d’entre-las, du buffet à la cuillère en bois. Dans son atelier tous les chefs bretons étaient « passés dans ses mains ». «Grand prix des métiers d’art » il avait hissé des drapeaux bretons dans les rues, imposé son « Musée des Arts et traditions » dans l’aile gauche de la mairie, lutté contre le remembrement en replantant tous les arbres coupés et protégeait les chemins de son enfance… Aujourd’hui le « Musée Eugène Aulnette» expose ses œuvres et débat de l’écologie au Sel de Bretagne.

Puis je suis venue vivre près de Guingamp en 94.
La famille du grand père paternel de mes enfants était de Gurhunuel. Il était bretonnant de naissance mais trouvait absurde d’envoyer les enfants suivre leurs scolarités à Diwan. Pourtant ses trois petits garçons ont suivi la scolarité Diwan jusqu’en troisième. En 2003 j’ai participé à une formation à l’UCO de Guingamp pour apprendre la langue. J’ai pu l’exercer en travaillant quatre ans dans le collège Diwan du secteur. Mais elle n’est pas devenue la langue de ma famille. Parallèlement j’entrai en DEA d’ethnologie à l’Université de Brest avec le souhait de faire une recherche locale en toponymie. Elle est toujours en cours. Là le breton que j’ai appris m’est très utile. 

Entre temps j’ai écrit des contes, les ai illustrés par des photographies ou mis en spectacle avec des marionnettes. Les thèmes étaient : les capacités des personnes porteuses de handicap ou bien l’écologie. 

Avec ma formation de sociologue, j’ai commencé à écrire des textes plus conséquents sur la place des femmes dans notre société. D’abord en 2002 avec mon roman tiré d’une enquête sociologique dans le monde des motards : « Là où les hommes ne sont pas » préfacé par Michel Messu sociologue au CNRS. Puis en 2019 avec cet essai sociolinguistique sur les femmes du Trégor : « Le breton, langue des mères, langue des frères » préfacé par le sociolinguiste Philipe Blanchet. 

Je travaille aussi sur l’histoire de la Bretagne en interrogeant la toponymie et la mythologie pour comprendre notre histoire bretonne locale. 

En tant qu’auteure, mes supports d’écriture sont issus de mes expériences ou de l’analyse scientifique par la sociologie. 

En 2009, j’ai rencontré le CIDF : Centre d’information du droit des femmes.
J’intervenais avec d’autres artistes en tant qu’artiste photographe. Il nous était demandé de monter un projet pour fêter les cent ans de la journée de la femme. J’ai choisi de photographier des familles sur trois générations. Le point de départ était de trouver des grands-mères qui avaient vingt ans dans les années 50 et dont les familles se parlaient encore breton aujourd’hui. 

J’ai photographié et interviewé cinq familles bretonnantes du Trégor.
Dans un premier temps ça s’est traduit par une exposition dont le titre pose une question : « Langue des mères, langue des maitres ? »(Bibliothèque Départementale des Côtes d’Armor). Dix ans plus tard l’essai édité par « Yoran Embanner » apporte la réponse : la langue des mères est celle de leurs frères non pas celle des maîtres d’école. 

Lors d’une petite conférence à Rennes, une étudiante de l’Université m’a conseillée de présenter mon travail à son professeur. C’est ainsi que j’ai rencontré le sociolinguiste Philippe Blanchet. Une rencontre fondamentale. Elle m’a permise de confronter ma recherche aux idées partagées par les sociolinguistes actuels. Ainsi j’ai pu voir que le comportement linguistique des femmes du Trégor se rapprochait de celui des autres femmes du monde.

Il fallait ensuite passer à l’édition.
Philippe Blanchet me proposait d’envoyer mon manuscrit à un éditeur parisien, mais je souhaitais d’abord le proposer aux éditeurs bretons. Après quelques refus qui se justifiaient par le peu de public qui lit les essais sociologiques… Je l’ai proposé aux éditions Yoran Embanner. La réputation « d’éditeur qui s’engage pour l’avancée de la connaissance de la culture bretonne», n’a pas été démentie !
Aujourd’hui je suis fière que mon livre soit sorti dans cette édition bretonne.

Le livre

« Le breton, langue des mères, langue des frères » est le résultat d’une enquête sociolinguistique en Bretagne.
Elle prend le contre pied de l’abandon du breton et de la responsabilité des femmes, en cherchant la place qu’elles ont eue quand il y a eu maintien du breton dans leurs familles. 

Veuillez nous excuser pour le désagrément.

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